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LES ESSAIS CLINIQUES
L'essai clinique est l'étape indispensable qui permet de valider, ou non, l'intérêt d'un dispositif dans le traitement de la mucoviscidose. Il est indispensable pour que les médecins puissent à terme le prescrire pour les patients qui en ont besoin.
L'expression diverse de la maladie suivant les patients et leur nombre restreint rend difficile la constitution d'un groupe homogène pour permettre une exploitation statistique fiable des résultats.
La mise en oeuvre d'essais thérapeutiques nécessite l'application d'une méthodologie rigoureuse associée au respect des contraintes d'ordre pratique. Ainsi, on peut différencier plusieurs phases d'évaluation clinique d'un traitement avant une autorisation de mise sur le marché (A.M.M.). Le respect de ces phases dans l'expérimentation du médicament permet d'étudier à la fois la toxicité, l'efficacité, les paramètres pharmacocinétiques et le différentiel d'efficacité par rapport au traitement de référence.
I- LES PHASES DE L'ESSAI THERAPEUTIQUE
PHASE I
C'est le premier essai d'application d'un traitement chez l'homme. Cette phase permet de déterminer la tolérance et/ou la pharmacocinétique du produit, paramètres indispensables à la réalisation d'essais de phase II. Dans la plupart des spécialités médicales, la Phase I consiste à administrer la nouvelle molécule chez un petit nombre de volontaires sains, et d'étudier les paramètres pharmacologiques de cette molécule. En Cancérologie, cette phase est réalisée chez des malades pour lesquels toutes les thérapeutiques mises en oeuvre dans le passé ont échoué (Figure 1).
PHASE II
Une fois les paramètres pharmacocinétiques et/ou la dose toxique connue, la Phase II permet de tester l'efficacité et la tolérance du produit utilisé à dose thérapeutique en l'administrant à un nombre limité de malades (20 à 25 patients). Ce nombre doit être suffisant pour une exploitation statistique des résultats afin d'extrapoler ces données à la population des malades atteints de la même affection.
PHASE III
C'est une phase comparative, l'efficacité du nouveau médicament est comparée à l'activité d'un produit de référence (ou d'un placebo). Le nouveau produit ou la nouvelle association médicamenteuse est pratiquement toujours comparée à une thérapeutique ayant déjà fait la preuve de son efficacité. Cette phase nécessite en général des échantillons de patients de plus grande importance (200 à 400 malades, parfois 1000 malades ou plus dans chaque groupe). La taille de l'échantillon est alors fonction de la différence attendue entre les 2 traitements.
PHASE IV
Elle se situe après l'A.M.M. et consiste à détecter les effets secondaires rares qui surviennent sur toute la population des patients traités par le produit. C'est le travail de Pharmacovigilance qui est effectué par tous les centres régionaux de Pharmacovigilance de France. Les études de phase IV reprennent en général la méthodologie des études épidémiologiques et ce sont soit des études cas-témoins, soit des études de cohorte prospectives ou rétrospectives. Elles se font le plus souvent à l'instigation du laboratoire pharmaceutique ou d'organismes de recherche lorsque les systèmes de pharmacovigilance ont répertorié des cas de toxicité similaires faisant suite à l'administration d'un même traitement.
II- LE CADRE LEGAL
Les essais thérapeutiques chez l'homme sont régis par un certain nombre de lois internationales ou nationales comme la Déclaration d’Helsinki ou de Tokyo. En France, une loi sur la protection des personnes qui se prêtent à des recherches biomédicales (dite loi "Huriet") voté en 1988 et plusieurs décrets et arrêtés ultérieurs établissent le cadre légal de la réalisation des essais. Le rôle de cette loi, comme l'indique son titre, est de protéger les personnes participantes à une recherche biomédicale mais aussi de s'assurer de la qualité scientifique de ces recherches. Ces textes précisent la définition et les devoirs des différents acteurs initiant une recherche dans le domaine biomédical. Ils prévoient, de plus, la mise en place de Comité Consultatif de Protection des Personnes participant à la Recherche Biomédicale (CCPPRB) dont l'avis est nécessaire avant de commencer un essai.
III- LA REALISATION DE L’ESSAI
La réalisation d'un essai thérapeutique se fait en trois grandes étapes :
A- Méthodologie générale
La mise en route et le suivi d'un essai thérapeutique ne se conçoit pas sans l'élaboration en premier lieu d'un protocole. Le mot protocole est souvent employé dans les services pour désigner la manière d’administrer une thérapeutique : "protocole antipyrétique", "protocole antinauséeux"...
Dans le cadre de l'essai thérapeutique, il s’agit d'une notion fondamentalement différente ; le protocole de recherche clinique ou d’essai thérapeutique se présente comme un document écrit de plusieurs pages comprenant l'objectif de l’essai, les critères d'inclusion et d'exclusion des patients dans l’essai, les différentes situations dans lesquelles la posologie du traitement doit être modifiée, etc. Il doit permettre à l’investigateur et à l'équipe soignante de tout connaître sur l’essai thérapeutique qui est programmé chez le patient.
L'élaboration du protocole est une étape très importante pour le bon déroulement d'un essai thérapeutique. Le médecin responsable de l’essai et son équipe doivent déterminer avec précision l'objectif de l'étude et envisager toutes les situations susceptibles de survenir au cours de l’essai ainsi que les réponses pratiques adaptées.
Le protocole doit être particulièrement clair car il est un des moyens de communication entre le centre coordonnateur de l'essai et l’investigateur sur le terrain.
Les différents chapitres du protocole sont les suivants :
Bien définir la formulation du problème comprend de préciser la thérapeutique mise à l'étude, la pathologie pour laquelle ce traitement est indiqué et les conditions de son administration (en première intention, après une intervention chirurgicale...). Ces conditions devront être reproductibles pour l'utilisation future de cette thérapeutique en dehors de l'essai.
Les critères utilisés sont de deux ordres :
Le choix du critère de jugement est essentiel.
La formulation et surtout le respect de ces critères permettent la constitution de groupes homogènes de patients.
Cette homogénéité entre les groupes (phase III) est importante pour deux raisons. La première afin d'éviter de mettre en doute les résultats d'une étude après constat d'un non respect des critères d'éligibilité entraînant la non comparabilité des groupes étudiés. La seconde repose sur des considérations d'ordre statistique. Dans la mesure où plus la population éligible est homogène, moins la variabilité de la réponse est importante, on démontre que la probabilité d'obtenir une différence statistiquement significative entre les groupes est augmentée.
Cette nécessité de recruter une population homogène pose le problème d'inférer les résultats de l'étude à l'ensemble de la population malade. En effet, en toute logique, la preuve de l'efficacité d'un traitement n'est acquise qu'aux sujets ayant les caractéristiques d'éligibilité de l'étude. La question est de savoir si, plus tard, la population de distribution du médicament profitera réellement de ce traitement
Il doit également énumérer les médications dont l'association au traitement est possible ou non afin de limiter les interférences qui pourraient augmenter ou diminuer l'efficacité de la thérapeutique à l'étude.
Il notifie également les modifications de posologie autorisées en fonction de la réaction du patient à la toxicité du produit
Dans un essai comparatif classique (phase III), on constitue des groupes parallèles (recevant donc un traitement différent) qui seront comparés ensuite.
Pour faciliter l'application du protocole un schéma synthétique est rédigé récapitulant l les bilans prescrits et les informations à communiquer au centre coordinateur de l'essai ; c’est le Manuel d'Opérations.
B- Recueil de l’information
Les bordereaux sont le support écrit de l’information recueillie par les médecins investigateurs sur leurs patients. Leur conception doit répondre à des impératifs de clarté et de facilité d'emploi tant pour celui qui aura la charge de les remplir (le médecin investigateur) que pour ceux qui les interpréteront (les opérateurs de saisie et le centre coordinateur qui assure l'exploitation informatique).
Les bordereaux représentent la seule source d’information sur le patient et l'investigateur pour le centre coordinateur ; ils doivent donc comprendre :
- une identification claire de l'investigateur,
- une identification codée du patient (pour respecter la confidentialité des données médicales) mais suffisamment précise pour pouvoir retrouver le dossier du patient lors du contrôle de données semblant peu valides,
- une identification du type de bordereau (inclusion, déclaration, évaluation, surveillance).
Les bordereaux doivent permettre :
- une gestion informatisée par un système de codes et d'index utilisés pour le classement des données,
- les opérations de dénombrement et de calculs statistiques sur les valeurs des différents critères (qualitatifs ou quantitatifs) observés chez le patient.
Des procédures de contrôle sont nécessaires afin de garantir la validité des données recueillies. Ces procédures sont organisées à différents niveaux du recueil de l'information:
- la saisie informatique doit être double avec confrontation des deux saisies,
- des Attachés de Recherche Clinique (ARC) sont mandatés pour vérifier dans les établissements hospitaliers les données manquantes ou incohérentes. Ils peuvent de plus pratiquer des contrôles de qualité en vérifiant sur place un ou plusieurs dossiers au hasard,
- des contrôles de cohérence et de vraisemblance informatisés sont programmés. Ils permettent de sortir automatiquement des demandes d'information aux médecins investigateurs dont les bordereaux contiennent des données manquantes ou aberrantes.
C- Organisation
La réalisation de tels essais nécessite la mise en place de structures particulières et d'équipes spécialisées assurant la coordination du projet (Centre Coordinateur). Ce centre assure, grâce à un système informatique, le recueil des données, leur contrôle et l'analyse statistique qui permettra de conclure.
L’investigateur est le médecin qui réalise la recherche clinique dans un établissement et l’investigateur principal celui qui assume la responsabilité scientifique de l'essai.
Au sens de la loi Huriet, le promoteur est la personne morale qui est à l'origine de l'essai.
L'exigence de qualité est un impératif éthique qu'il faut garder en mémoire lors de la réalisation de tout essai thérapeutique chez des êtres humains malades ou volontaires sains. Les principes méthodologiques, s'ils peuvent paraître lourds à mettre en oeuvre, sont les garants de l'éthique médicale par la qualité qu'ils assurent. La réalisation d'essais thérapeutiques est, de plus, une recherche onéreuse dans la mesure où elle implique un grand nombre de personnes et une technologie performante (moyens informatiques et de communication
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